Quand partir

Quand partir en Provence selon les saisons

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En Provence, je ne planifie jamais un séjour sans consulter d’abord le calendrier des floraisons, des marchés et des vendanges. La même route entre Gordes et L’Isle sur la Sorgue ne raconte pas du tout la même histoire en avril, en juillet ou en octobre, et c’est exactement ce qui rend cette région si utile pour parler de saisonnalité.

Le printemps, la lumière avant la foule

J’y suis allée un mois d’avril où les amandiers avaient déjà fini leur floraison mais où les cerisiers du Luberon prenaient le relais. Les terrasses commençaient tout juste à sortir les tables, les nuits restaient fraîches, et je pouvais garer la voiture sans chercher pendant vingt minutes devant les villages perchés comme Ménerbes ou Roussillon. C’est aussi la saison où les rivières comme la Sorgue sont hautes et claires, avant que la chaleur de l’été ne les fasse baisser.

Le marché du jeudi à Vaison la Romaine, à cette période, tourne encore beaucoup autour des légumes primeurs, des fromages de chèvre frais et des premières fraises. Je me souviens d’une productrice qui vendait des asperges violettes en me expliquant que la récolte ne durerait que trois semaines encore, et cette urgence tranquille m’a fait comprendre à quel point voyager au rythme des cultures change la façon de regarder un marché.

L’été, la Provence qu’on imagine mais qu’il faut anticiper

Juillet, c’est la carte postale, la lavande du plateau de Valensole en fleur, les cigales, les soirées qui s’étirent jusqu’à vingt-deux heures. C’est aussi la saison où il faut réserver son hébergement des mois à l’avance et accepter que Gordes ou les Baux de Provence seront pris d’assaut à partir de dix heures du matin. Un été, j’ai voulu photographier les champs de lavande vers Sault sans avoir vérifié la date exacte de la récolte, et je suis arrivée deux jours après le passage des machines. Les rangées étaient coupées ras, l’odeur encore présente dans l’air mais plus aucune fleur à voir. Depuis, je vérifie systématiquement la période de récolte avant de fixer mes dates, généralement entre la mi juillet et le début août selon l’altitude des champs.

La chaleur, aussi, se prépare. Les après midi entre quatorze et dix sept heures sont difficiles pour marcher, et j’ai appris à caler les visites de villages tôt le matin, puis à réserver l’après midi pour une rivière ou une piscine, avant de reprendre la route en fin de journée quand la lumière redevient dorée.

L’automne, la saison que je recommande le plus souvent

Si on me demande quand partir en Provence, je réponds presque toujours septembre ou la première quinzaine d’octobre. Les vendanges battent leur plein dans le Ventoux et autour de Châteauneuf du Pape, les températures redescendent à des niveaux confortables pour marcher toute la journée, et les hébergements pratiquent encore des tarifs raisonnables avant les fêtes. J’ai passé un après midi dans un domaine près de Gigondas où le vigneron m’a laissée goûter le moût tout juste pressé, encore trouble et à peine sucré, en m’expliquant que la fermentation démarrerait dans les heures suivantes. C’est un genre de moment qu’on ne vit pas en pleine saison touristique, simplement parce que le travail agricole prend toute la place.

Les couleurs changent aussi, les vignes virent au rouge et à l’or, et la lumière rasante de fin de journée donne aux pierres des villages une teinte que je ne retrouve pas au même degré en été.

L’hiver, une Provence plus rare mais réelle

L’hiver en Provence n’a rien d’exotique, il peut faire froid et venteux, surtout quand le mistral se lève. Mais les marchés de Noël d’Aix en Provence ou d’Avignon valent le déplacement, avec les santons peints à la main et les vendeurs de calissons qui expliquent leur recette avec une patience qui n’existe plus en pleine saison. J’y ai croisé une santonnière qui travaillait dans son atelier avec la porte ouverte sur la rue, malgré le froid, parce que la lumière naturelle lui était nécessaire pour peindre les visages des figurines.

Le mistral peut souffler fort trois jours d’affilée en hiver, puis laisser un ciel d’un bleu presque irréel. Il faut composer avec, pas contre.

Mon calendrier personnel, mois par mois

  • Mars et avril, pour la lumière douce et les premières floraisons, avant les grandes foules
  • Juin, un compromis intéressant entre chaleur stable et affluence encore modérée
  • Juillet et août, si on accepte la chaleur et la réservation anticipée
  • Septembre et début octobre, ma préférence, pour les vendanges et la lumière
  • Décembre, pour les marchés de Noël et une Provence plus intime

Ce que je regarde avant de fixer une date

Avant de réserver quoi que ce soit, je vérifie trois choses, la période de floraison ou de récolte selon ce que je veux voir, les prévisions de vent parce que le mistral peut bouleverser une randonnée prévue, et le calendrier des marchés locaux qui ne sont pas identiques d’un village à l’autre. Ce sont des détails simples, mais ils font la différence entre un séjour qui suit le rythme du territoire et un séjour qui l’ignore complètement.

Les villages qui changent le plus selon la saison

Certains villages provençaux se transforment presque entièrement selon le mois. Gordes, par exemple, garde toujours son allure de forteresse perchée, mais son ambiance change du tout au tout entre un matin d’avril silencieux et un après midi d’août où les cars de tourisme se succèdent sur le parking en contrebas. J’ai fini par comprendre qu’il valait mieux visiter ce genre de village emblématique tôt le matin, quelle que soit la saison, en réservant les heures du milieu de journée pour des lieux moins fréquentés comme le village de Lourmarin ou les gorges de la Nesque.

À l’inverse, des villages comme Séguret ou Crestet restent relativement calmes toute l’année, et c’est justement là que je conseille de loger quand on veut éviter le rythme touristique dense de juillet et août tout en profitant quand même de la région à cette période.

La question de l’eau, souvent négligée

Un aspect que les visiteurs anticipent rarement, c’est l’état des cours d’eau selon la saison. La Sorgue, si limpide et fraîche au printemps, peut voir son niveau baisser sensiblement en plein été, ce qui limite certaines activités comme le canoë entre Fontaine de Vaucluse et L’Isle sur la Sorgue. Un loueur de canoë m’a expliqué qu’il préférait de loin les mois de mai et juin, quand le débit reste soutenu, plutôt que la fin août où certains passages deviennent trop peu profonds pour naviguer confortablement.

Cette réalité vaut aussi pour les gorges du Verdon, où le niveau du lac de Sainte Croix varie sensiblement selon les années et la saison, ce qui change directement l’expérience de baignade ou de navigation qu’on peut y avoir.

Manger selon la saison plutôt que selon l’envie

La cuisine provençale suit elle aussi ce calendrier de très près. Les tomates et les courgettes qui donnent leur identité à la ratatouille n’ont vraiment du goût qu’entre juillet et septembre, alors qu’en dehors de cette fenêtre, les restaurants qui respectent le produit local proposent plutôt des plats à base de courges, de champignons ou de fenouil braisé. J’ai appris à demander directement en salle ce qui venait d’être récolté ce matin là, une question toute simple qui m’a souvent évité une assiette de légumes hors saison importés de loin.

La Provence reste belle presque toute l’année, mais elle ne se donne pas de la même façon selon la saison. Apprendre à lire ce calendrier, c’est selon moi la meilleure préparation qu’on puisse faire avant d’y retourner.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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