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Voyager en mai-juin, le pari de l’entre-saison

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Mai et juin restent ma fenêtre préférée pour voyager en Europe, un pari sur une météo encore incertaine mais rarement décevant. Ce n’est pas encore l’été plein, les écoles ne sont pas en vacances, et pourtant les journées s’allongent déjà suffisamment pour profiter des terrasses jusqu’en soirée.

Ce que je gagne en évitant juillet et août

Le premier avantage, c’est simplement l’espace. Sur le lac de Côme, où je suis allée un début juin, les ferries entre Bellagio et Varenna n’étaient jamais complets, et j’ai pu m’asseoir sur le pont sans attendre. En pleine saison estivale, les mêmes bateaux affichent complet dès le matin. Les prix des hébergements suivent la même logique, avec des écarts qui peuvent atteindre le double entre juin et août sur certaines destinations côtières.

Le deuxième avantage, moins évident, concerne les habitants eux mêmes. Les commerçants, les restaurateurs et les guides ont encore le temps de parler, de raconter, de proposer une table en terrasse avec vue sans avoir à gérer une file d’attente. J’ai discuté presque vingt minutes avec un pêcheur à Varenna qui préparait ses filets, une conversation qui aurait été impossible un samedi d’août au même endroit.

Le vrai risque, c’est la météo

Il faut être honnête, voyager en mai ou juin, c’est accepter un risque météorologique réel. J’ai connu des séjours dans les Cinque Terre où il a plu trois jours sur cinq, avec des sentiers de randonnée fermés temporairement pour cause de glissement de terrain après de fortes pluies. Ce genre d’imprévu ne se produit presque jamais en plein été, où la sécheresse domine largement dans le sud de l’Europe.

Pour limiter ce risque, j’essaie maintenant de construire mes itinéraires d’entre-saison avec une marge de flexibilité, une journée de secours en cas de pluie, un plan B en intérieur comme un musée ou une cave à vin, et je réserve rarement des activités en extérieur non annulables plus de deux jours à l’avance.

Un exemple concret, la vallée de la Loire en mai

Un mai, j’ai visité les châteaux de la Loire en partant de Blois, avec l’intention de voir les jardins de Villandry au moment où les massifs de légumes et de fleurs commencent tout juste à structurer leurs formes géométriques, avant la pleine explosion de couleurs de juillet. Le résultat était différent de ce qu’on voit sur les photos de saison haute, plus vert, plus structuré, avec les rosiers encore en boutons plutôt qu’en pleine floraison.

Les châteaux eux mêmes, comme Chenonceau, étaient visitables sans la cohue que je connaissais d’un été précédent, et j’ai pu prendre le temps de m’attarder dans la galerie sur l’eau sans être poussée par le flux de visiteurs derrière moi.

Ce que je surveille avant de partir en entre-saison

  • Les prévisions à dix jours, qui restent peu fiables mais donnent une tendance générale
  • Le calendrier des jours fériés locaux, qui peut créer des pics de fréquentation inattendus même hors saison haute
  • Les horaires d’ouverture réduits de certains sites qui basculent seulement à l’horaire d’été à partir d’une date précise, parfois début juin
  • La température de la mer, qui reste souvent trop fraîche pour la baignade en mai dans une bonne partie de l’Europe

L’entre-saison n’est pas identique partout

Je me méfie de généraliser, parce que mai en Andalousie n’a rien à voir avec mai en Bretagne. Dans le sud de l’Espagne, j’ai connu des journées à vingt huit degrés dès la mi mai, avec une lumière déjà proche de celle de l’été. En Bretagne, à la même période, un vent frais et des averses ponctuelles restent la norme, et j’emporte systématiquement une veste imperméable même en juin.

Cette différence signifie qu’il faut ajuster ses attentes selon la latitude et la région plutôt que de considérer mai-juin comme une saison uniforme à l’échelle du continent.

En entre-saison, je ne demande jamais s’il va faire beau, je demande combien de jours de suite il risque de pleuvoir.

Comment j’organise mes journées pour rester flexible

En entre-saison, j’ai pris l’habitude de ne réserver que l’essentiel à l’avance, l’hébergement et un ou deux billets pour des sites qui limitent réellement l’accès en cas de forte affluence, comme certains musées ou jardins. Le reste de l’itinéraire, je le construis au fur et à mesure, en regardant chaque soir la météo du lendemain avant de décider si je pars en randonnée, si je reste en ville pour visiter un musée, ou si je change carrément de secteur pour suivre une éclaircie annoncée à quelques dizaines de kilomètres.

Cette souplesse demande d’accepter de ne pas tout planifier, ce qui n’est pas toujours facile pour une voyageuse qui aime organiser ses trajets à l’avance. Mais j’ai remarqué que les meilleurs souvenirs de mes voyages d’entre-saison viennent souvent de ces changements de dernière minute, une route prise parce que le ciel semblait plus dégagé de ce côté, un village découvert simplement parce qu’il fallait attendre que la pluie cesse ailleurs.

Ce que je recommande d’emporter dans ce type de voyage

  • Une veste imperméable légère, facile à plier, plutôt qu’un simple parapluie peu pratique en cas de vent
  • Des chaussures qui sèchent vite et supportent aussi bien un sentier boueux qu’une rue pavée en ville
  • Plusieurs couches fines superposables, pour s’adapter à des écarts de température parfois marqués entre le matin et l’après midi
  • Une liste courte de plans intérieurs de secours pour chaque étape du voyage, musées, caves, marchés couverts

Pourquoi je continue de parier sur cette fenêtre

Malgré le risque météo, je reviens presque chaque année à cette période pour organiser mes voyages, parce que le compromis entre affluence, budget et rythme de vie local me semble plus juste qu’en pleine saison. J’accepte l’idée qu’une journée sur cinq puisse être gâchée par la pluie, en échange d’un accès plus direct aux lieux et aux gens que je viens rencontrer. C’est un pari raisonnable, à condition de partir avec des vêtements qui couvrent large et un itinéraire suffisamment souple pour absorber un imprévu sans que tout le séjour en pâtisse.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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