Printemps

Le Portugal au printemps, Lisbonne et Sintra avant la chaleur

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J’ai choisi le Portugal en avril presque par élimination, parce que je voulais du soleil sans la chaleur écrasante que Lisbonne prend en juillet, ces mois où les collines de la ville deviennent un exercice d’endurance plutôt qu’une promenade. Je n’imaginais pas à quel point le printemps allait redessiner complètement mon rapport à cette ville que je croyais déjà connaître, pour l’avoir traversée une fois en plein été, épuisée et pressée de trouver de l’ombre.

Une lumière qui n’écrase rien

La première différence, dès la sortie de l’aéroport, c’est la lumière. En avril, le soleil de Lisbonne est franc mais jamais agressif, il éclaire les façades d’azulejos sans les faire disparaître dans un halo blanc comme cela arrive parfois en plein été. J’ai marché tout mon premier après midi dans le quartier de l’Alfama, en montant vers le Château São Jorge, sans jamais chercher un coin d’ombre, ce qui aurait été impensable pour moi lors de mon précédent passage en juillet, où je changeais de trottoir uniquement pour rester couverte.

Les températures tournaient autour de dix huit à vingt et un degrés dans la journée, avec des matinées plus fraîches, autour de douze degrés, qui obligeaient à garder une veste légère jusqu’au milieu de matinée. C’est exactement l’écart que je cherchais : assez chaud pour marcher des heures, assez frais pour ne jamais avoir cette sensation de fatigue liée à la chaleur qui gâche parfois les visites en pleine saison.

Sintra sans la queue interminable

Je redoutais Sintra, dont j’avais entendu parler comme d’un site saturé, avec des files d’attente de plus d’une heure devant le Palais de Pena en pleine saison. En avril, un mercredi, arrivée par le train depuis la gare de Rossio dès l’ouverture, j’ai attendu à peine vingt minutes. Le palais, avec ses couleurs jaune et rouge qui semblent presque irréelles sous le ciel encore un peu voilé du matin, se visitait sans avoir besoin de jouer des coudes à chaque salle.

Ce que je retiens surtout, c’est la forêt qui entoure le palais, encore humide de la nuit, avec cette odeur d’eucalyptus et de mousse qui monte du sol. En redescendant à pied vers la Quinta da Regaleira plutôt que de reprendre le bus, je me suis perdue volontairement dans les sentiers, et j’ai croisé un jardinier qui taillait des azalées en fleur, une des plantes qui marquent vraiment le printemps portugais, avec des couleurs violettes et roses vives qu’on ne retrouve pas du tout en été, quand la chaleur les a déjà fait tomber.

Un plan qui a raté, et qui est devenu un souvenir

J’avais prévu une excursion à la journée vers le Cap de la Roca depuis Sintra, avec un bus dont j’avais mal noté les horaires. Je me suis retrouvée à attendre presque deux heures à un arrêt en pleine campagne, sans réseau, avec pour seule compagnie un troupeau de moutons dans un champ voisin et le vent qui commençait déjà à se lever, annonçant l’Atlantique tout proche. Sur le moment, j’étais agacée d’avoir perdu autant de temps. Avec le recul, c’est un des souvenirs les plus nets du voyage : cette lumière d’avant midi, cette attente forcée, ce silence coupé seulement par le bêlement des moutons, quelque chose que je n’aurais jamais vécu si le bus était arrivé à l’heure prévue.

Une commerçante de Sintra m’a dit que le printemps est la seule saison où elle reconnaît encore ses propres rues, entre deux vagues de touristes.

Lisbonne, entre averses et terrasses

Le climat d’avril n’est pas toujours stable. J’ai eu deux jours de pluie fine, suffisamment persistante pour transformer les pavés de calçada en patinoire par endroits, ce qui m’a valu une chute sans gravité près du Chiado. Les habitants semblaient s’en accommoder facilement, continuant à occuper les terrasses sous des auvents, un café à la main, sans se presser. C’est une autre chose que le printemps change : la ville n’est pas encore dans cette urgence estivale où tout le monde cherche l’ombre ou la fraîcheur. On a le temps de s’asseoir, de commander un second café, de regarder passer les trams jaunes sans avoir l’impression de perdre une minute précieuse de vacances.

Belém, tôt le matin

Un autre moment m’a confirmé que le printemps change vraiment la façon dont on découvre Lisbonne : une visite matinale à Belém, avant l’arrivée des cars. La tour de Belém, souvent entourée de files impressionnantes dès dix heures en pleine saison, se visitait presque tranquillement à l’ouverture. Le long du fleuve, des habitants faisaient leur jogging du matin, croisant quelques pêcheurs installés sur la rive, sans qu’aucun groupe organisé ne vienne encore troubler cette scène presque locale. J’ai pris un café dans une pâtisserie du quartier, encore vide à cette heure, où la vendeuse préparait ses premières pastéis de nata de la journée, tout juste sortis du four.

Quand partir, concrètement

Pour ce mélange de lumière douce, de fleurs encore présentes à Sintra et de fréquentation raisonnable, je conseillerais la période allant de la mi mars à fin avril, en acceptant un risque de pluie plus élevé qu’en mai, mais avec l’avantage de moins de monde et de tarifs d’hébergement encore modérés avant la haute saison. Fin avril et début mai apportent davantage de stabilité météo, au prix d’une fréquentation qui recommence doucement à grimper, notamment à Sintra pendant les jours fériés du calendrier scolaire européen.

Ce que j’emporterais différemment

J’avais sous estimé le vent, particulièrement fort du côté du Cap de la Roca et sur les hauteurs de Sintra en fin de journée. Une veste coupe vent légère m’aurait évité de grelotter pendant cette attente de bus improvisée. Des chaussures à semelle antidérapante sont aussi indispensables tant les pavés lisboètes deviennent glissants au moindre crachin, ce que je n’avais jamais remarqué lors de mon séjour estival, quand tout était simplement sec et chaud.

Ce qui reste

Ce voyage m’a appris que le Portugal du printemps n’est pas une version affaiblie du Portugal d’été, c’est un pays différent, plus lent, plus lisible, où les couleurs des azulejos et des azalées se répondent sans que la chaleur ne vienne tout écraser. Je ne suis pas certaine de vouloir y retourner en juillet désormais, tant cette version d’avril, avec ses averses imprévues et son bus manqué, m’a semblé plus proche de ce que ce pays a vraiment à offrir.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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