Printemps

Le printemps en Provence, entre amandiers en fleurs et lumière qui change

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En Provence, le printemps ne se voit pas seulement dans les champs, il se sent dans l’air, tôt le matin, quand le froid recule enfin et que la lumière commence à mordre sur les collines. J’y suis retournée fin mars, avec l’idée un peu naïve que la lavande serait déjà là. Elle ne l’est pas avant juin, et c’est justement ce que j’ai fini par préférer dans ce voyage raté sur le papier et réussi sur place.

Les amandiers avant tout le monde

La première chose que j’ai vue en sortant de la gare d’Aix en Provence, ce sont les amandiers en fleurs, sur un talus, presque en bordure de parking. Personne ne s’y arrêtait vraiment, les gens filaient vers leurs voitures, et moi je suis restée cinq bonnes minutes à regarder ces branches nues couvertes de blanc et de rose pâle. C’est un des secrets du printemps provençal : les amandiers fleurissent avant les cerisiers, souvent dès la fin février dans le Luberon, et ils sont partis avant que les cars de touristes n’arrivent pour la lavande. On les a presque pour soi.

J’ai loué une petite voiture à Aix et pris la route vers le Luberon sans itinéraire très précis, ce qui n’est pas mon genre habituel de voyage. D’ordinaire je prépare tout, les horaires, les alternatives en cas de pluie. Là, je me suis laissée guider par les panneaux vers Bonnieux, puis Lourmarin, et c’est en repartant de Lourmarin, un peu perdue, que je suis tombée sur un verger entier d’amandiers en fleurs, sans personne, juste moi et le bruit du vent dans les branches. Ce genre de moment ne s’organise pas, il arrive parce qu’on a laissé de la place au hasard.

Le mistral, qu’on oublie toujours

Ce que les guides mentionnent peu, c’est le mistral de printemps. Il n’est pas rare qu’il souffle fort pendant deux ou trois jours d’affilée en mars et avril, au point de fermer certaines routes de crête et de rendre la terrasse d’un café totalement inutilisable. J’ai dû annuler une balade prévue autour du village de Gordes parce que le vent rendait la marche presque comique, on avançait de travers. Le patron du gîte où je logeais, du côté de Roussillon, m’a expliqué que le mistral de printemps nettoie le ciel plus qu’il ne l’assombrit : après deux jours de vent, l’air devient d’une clarté presque irréelle, on voit le Ventoux depuis des kilomètres, avec sa cime encore blanche de neige tardive.

C’est exactement ce qui s’est produit. Le troisième jour, le vent est tombé d’un coup, et j’ai eu cette lumière si particulière qu’on associe à la Provence sur les cartes postales, sauf qu’ici elle n’était pas encore écrasée par la chaleur de l’été. Les couleurs des façades ocres de Roussillon paraissaient presque neuves.

Les marchés qui reprennent vie

Le printemps, c’est aussi le moment où les marchés provençaux sortent de leur torpeur hivernale. À Apt, un samedi matin, j’ai trouvé un étal tenu par un producteur qui vendait ses premières fraises de saison, encore un peu acides, à côté d’asperges violettes récoltées la veille. Rien à voir avec les marchés de juillet, saturés de lavande en sachet pour touristes. En mars et avril, on croise surtout des habitants, des paniers en osier, des discussions sur la météo qui va ou ne va pas tenir pour la semaine.

Une vendeuse de fromage de chèvre m’a dit qu’elle préférait vendre au printemps, parce que les gens qui viennent encore poser des questions sur le fromage, en été ils n’ont plus le temps.

Cette phrase m’est restée. Elle résume assez bien ce que le printemps change dans la façon dont on visite la région : moins de monde, plus de conversations, un rythme qui ressemble encore à celui des habitants et pas encore à celui de la saison touristique.

Les cerisiers, juste après

Quelques jours plus tard, en redescendant vers Cavaillon par de petites routes secondaires, j’ai croisé des vergers de cerisiers en fleurs, un peu plus tardifs que les amandiers, généralement en avril. Un producteur, occupé à installer des filets contre les oiseaux, m’a expliqué que la floraison des cerisiers dure rarement plus d’une dizaine de jours et qu’elle dépend beaucoup des gelées tardives, capables de tout compromettre en une seule nuit froide. Il surveillait le ciel presque autant que ses arbres, prêt à allumer des bougies antigel si la température chutait trop. Cette fragilité, invisible sur les photos, m’a rendue plus attentive à la chance qu’on a de tomber sur une floraison intacte plutôt que déjà abîmée par le gel.

Se loger au bon endroit

J’avais choisi un gîte à l’écart du village de Roussillon plutôt qu’en plein centre, ce qui s’est révélé judicieux au printemps : les hébergements dans les villages perchés sont souvent encore fermés ou en travaux de rénovation avant l’ouverture officielle de la saison touristique, tandis que les gîtes tenus par des habitants à l’année restent disponibles et permettent d’échanger plus facilement sur les conditions du moment, la météo, les routes coupées par le vent, les marchés qui viennent de rouvrir.

Quand partir concrètement

Si je devais conseiller une fenêtre, je dirais la deuxième moitié de mars jusqu’à la mi avril pour les amandiers et les premiers marchés bien fournis, et fin avril à mi mai si l’on veut ajouter les coquelicots dans les champs de blé et une météo plus stable, avec des journées qui dépassent régulièrement les dix huit degrés. Il faut accepter en échange l’incertitude du mistral et des nuits encore fraîches, surtout dans les villages perchés comme Gordes ou Ménerbes, où le vent trouve toujours une ruelle pour s’engouffrer.

Ce que j’emporterais différemment

J’avais pris trop de vêtements légers, pensant naïvement que la Provence en avril ressemblait déjà à l’été. Les soirées descendent facilement sous les dix degrés, surtout dans les villages en hauteur, et j’ai fini par acheter une écharpe sur le marché de Lourmarin faute d’avoir prévu assez chaud. Une veste coupe vent est plus utile qu’un chapeau de paille à cette période, même si les après midis ensoleillés donnent parfois cette illusion.

Un dernier village, sans prévoir

Le dernier jour, sans plan précis, j’ai suivi une petite route qui montait vers Oppède le Vieux, un village presque abandonné accroché à son rocher. Il n’y avait personne, juste le bruit du vent dans les pierres et, en contrebas, un champ d’amandiers déjà en train de perdre leurs pétales, tombés comme une neige tardive sur l’herbe encore humide. C’est ce genre d’image qui me fait revenir en Provence au printemps plutôt qu’en été : moins spectaculaire sur une photo de lavande, mais infiniment plus juste sur ce que la saison raconte vraiment de cette terre.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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