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Je suis arrivée à Amsterdam un jeudi de fin avril, sous un ciel indécis, et j’ai compris dès le premier canal que le printemps y change presque tout, la lumière, le rythme de la ville, et surtout ce que les gens font de leurs journées après un hiver qui, aux Pays Bas, se termine tard et sans prévenir. Je n’y étais jamais venue à cette période, toujours en été, et je n’ai pas reconnu la ville tant elle semblait plus respirable.
Keukenhof, mais pas seulement
Le parc de Keukenhof, avec ses champs de tulipes organisés en parterres, ouvre en général de mi mars à mi mai, et c’est évidemment la raison pour laquelle beaucoup de voyageurs viennent aux Pays Bas au printemps. J’y suis allée un mardi matin, tôt, en pensant échapper à l’affluence, et j’ai quand même trouvé le parc déjà bien fréquenté à neuf heures. Ce qui m’a surprise, c’est moins les allées organisées que les bordures de champs, juste à l’extérieur du parc, où des rangées de tulipes rouges et jaunes s’étendaient à perte de vue le long de la route, sans clôture ni ticket d’entrée. Le chauffeur de bus m’a expliqué que les vraies floraisons commerciales, celles cultivées pour les bulbes qu’on exporte ensuite, entourent Lisse et Sassenheim, et qu’on peut les longer à vélo pour presque rien.
J’ai loué un vélo le lendemain à Lisse, sans itinéraire précis, et j’ai fini par pédaler entre deux champs, l’un déjà fauché parce que les producteurs coupent les fleurs pour renforcer le bulbe, l’autre encore intact. Ce contraste, un champ vidé de ses couleurs à côté d’un champ encore plein, dit quelque chose du printemps qu’on ne montre jamais sur les photos de Keukenhof : la saison des tulipes est aussi une saison de travail agricole, pas seulement de spectacle.
Le vent et la pluie, qui reviennent sans prévenir
Le climat néerlandais au printemps est capricieux. J’ai eu un après midi de soleil franc suivi, une heure plus tard, d’une averse suffisamment forte pour me faire abandonner un projet de balade le long de l’Amstel. Une habitante croisée sous un porche m’a dit en riant que le printemps ici, c’est quatre saisons dans une même journée, et qu’il valait mieux garder une veste imperméable dans son sac en toute circonstance, même si le ciel semblait dégagé au réveil. J’ai fini par suivre ce conseil pour le reste du séjour, et il m’a évité au moins deux fois d’être trempée.
Amsterdam qui se réveille
Ce que j’ai préféré, ce n’est pas Keukenhof en lui même, mais ce qui se passe en ville pendant ces semaines. Les terrasses le long des canaux se remplissent dès les premiers rayons, les cafés sortent leurs chaises en bois encore un peu humides, et il y a dans l’air une sorte d’urgence collective à profiter du soleil avant qu’il ne reparte. Sur la Prinsengracht, un soir, j’ai vu des habitants pique niquer directement sur les quais, malgré une température qui ne dépassait pas les quinze degrés, avec des couvertures et des thermos. Personne ne semblait attendre l’été pour vivre dehors.
Une serveuse d’un café près du Jordaan m’a dit qu’en avril, dès qu’il y a du soleil, la ville entière sort, parce que tout le monde sait que ça ne va pas durer.
Cette phrase résume assez bien l’énergie du printemps néerlandais, une sorte d’impatience joyeuse, très différente de la lenteur estivale que j’avais connue lors de mon premier voyage ici, quand tout le monde semblait déjà habitué à la chaleur et moins pressé d’en profiter.
Un marché aux fleurs, tôt le matin
Le marché aux fleurs flottant sur le Singel, que je pensais purement touristique, m’a offert une autre image du printemps local. Tôt le matin, avant l’arrivée des groupes, les fleuristes déchargeaient des caisses entières de jacinthes et de narcisses fraîchement coupés, encore couverts de terre humide. L’odeur, mélange de terre et de fleurs fraîches, n’a rien à voir avec ce qu’on sent en pleine journée quand les stands sont déjà en mode vente. J’ai fini par acheter un petit bouquet de tulipes simples, sans savoir vraiment quoi en faire dans une chambre d’hôtel, juste pour prolonger un peu cette odeur dans la pièce.
Le parc Vondelpark, un autre indicateur de saison
Un matin sans projet précis, je me suis assise sur un banc du Vondelpark, et j’ai observé les habitants plus que le paysage. Les premiers pique niques improvisés apparaissaient sur les pelouses encore un peu détrempées, des enfants couraient pieds nus malgré la fraîcheur, et des groupes d’amis partageaient des vélos cargo chargés de coussins. Un habitué du parc, croisé en promenant son chien, m’a dit que le printemps se mesure ici moins à la température qu’au nombre de gens allongés dans l’herbe dès qu’un rayon de soleil apparaît, même s’il ne dure qu’une vingtaine de minutes entre deux averses.
Prévoir son transport à l’avance
Un détail pratique que j’avais sous estimé : la location de vélo pendant la période des tulipes se remplit vite le week end, surtout à Lisse où affluent les visiteurs venus uniquement pour la journée. En réservant la veille au soir plutôt que le matin même, j’ai évité une longue attente, alors qu’un couple croisé sur place a dû renoncer et prendre le bus, faute de vélos disponibles avant l’après midi. Ce genre de détail change beaucoup la qualité de la visite, surtout quand la fenêtre de floraison ne dure que deux ou trois semaines.
Quand partir, concrètement
Pour voir les champs de tulipes dans leur meilleure période, la fenêtre se situe généralement entre la mi avril et la première semaine de mai, avec un pic qui varie chaque année selon la météo de l’hiver précédent. Trop tôt en mars, on trouve surtout des jonquilles et des crocus, magnifiques mais différents. Trop tard en mai, une partie des champs a déjà été fauchée. Il faut aussi accepter le risque de pluie presque tous les deux ou trois jours, et des matinées encore fraîches, autour de sept ou huit degrés, qui remontent doucement l’après midi.
Ce que je changerais
J’avais réservé mon vélo pour une seule journée, pensant que ce serait suffisant. Ce n’était pas assez : j’aurais aimé retourner une seconde fois du côté de Sassenheim, tôt le matin, pour voir la lumière rasante sur les rangées de tulipes avant que les groupes n’arrivent. La prochaine fois, je prévois deux jours pleins autour des bulbes, et je garde le reste du séjour pour flâner dans la ville sans itinéraire fixe, comme ce jeudi d’arrivée où je ne savais pas encore que le printemps allait autant changer ma perception d’Amsterdam.


