Hiver

Seville en hiver : la douceur qu’on ne trouve pas ailleurs en Europe

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J’ai pris le train de nuit depuis Madrid un soir de janvier, persuadee que j’allais debarquer a Seville dans un froid comparable a celui que je venais de quitter, et j’ai ouvert la porte de la gare de Santa Justa en simple veste, sous un ciel degage a treize degres. Ce contraste, plus que n’importe quel monument, reste ce qui m’a le plus marquee de ce sejour d’hiver en Andalousie.

Une temperature qui change tout

L’ete a Seville est reputee pour sa chaleur ecrasante, avec des journees ou l’on evite presque de sortir entre midi et dix-sept heures. L’hiver inverse completement cette logique. Les journees de decembre et janvier oscillent le plus souvent entre huit et seize degres, avec un ciel bleu la majeure partie du temps, ce qui permet de marcher toute la journee sans jamais chercher l’ombre. J’ai visite le Real Alcazar en milieu d’apres-midi, un creneau impossible en aout tant la chaleur y est alors accablante, et j’ai pu prendre mon temps dans les jardins sans la sensation d’urgence que donne le soleil ecrasant.

Une affluence tres differente

La cathedrale et la Giralda, que je savais bondees en avril lors de la Semaine Sainte, se visitaient en janvier avec des files d’attente courtes, parfois inexistantes en debut de matinee. Le quartier de Santa Cruz, avec ses ruelles etroites, restait calme en journee, loin de la densite de groupes que l’on croise au printemps. Ce n’est pas une ville vide en hiver, la vie de quartier continue, les bars a tapas restent pleins le soir, mais la pression touristique retombe nettement, ce qui rend la deambulation dans les ruelles beaucoup plus agreable.

Les soirees, elles, restent fraiches

Ce que je n’avais pas assez anticipe, c’est l’ecart entre la douceur de la journee et la fraicheur du soir. Des que le soleil descend, generalement autour de dix-huit heures en hiver, la temperature chute de plusieurs degres et l’humidite du Guadalquivir se fait sentir. J’ai fini par toujours garder une veste plus chaude dans mon sac, meme les jours ou je partais en tee-shirt le matin, apres avoir grelotte un soir en terrasse pres de la Plaza de Espana en pensant que la douceur andalouse durerait jusqu’a la nuit.

Un plan qui a rate

J’avais prevu une excursion a la journee vers Ronda, avec l’idee de voir le pont suspendu sous un ciel degage. Un brouillard epais, frequent en hiver dans cette region de montagne, a couvert la vallee toute la matinee et une partie de l’apres-midi, sans laisser apparaitre grand-chose du fameux gouffre. J’ai passe la matinee dans un petit bar du centre-ville avec des habitues qui commentaient le brouillard comme un evenement presque normal pour la saison, et j’ai fini par repartir sans la photo que j’esperais, mais avec le souvenir d’une conversation improvisee en espagnol que je n’aurais pas eue autrement.

Le quartier de Triana, loin des groupes

De l’autre cote du Guadalquivir, le quartier de Triana garde en hiver une allure de vie de quartier que le centre historique perd un peu sous la pression touristique, meme reduite. J’y ai passe plusieurs matinees a observer le marche couvert, avec ses etals de poisson frais et ses habitues qui discutent avec les commercants sans se presser, une ambiance tres eloignee de la frenesie estivale des rives du fleuve. C’est aussi dans ce quartier que j’ai gouté mes meilleurs tapas du sejour, dans un petit bar sans enseigne visible depuis la rue principale, recommande par la proprietaire de mon logement, un genre d’adresse qu’on ne trouve jamais en cherchant depuis l’etranger.

La lumiere hivernale sur les monuments

Il y a aussi une question de lumiere que je n’avais pas anticipee avant ce voyage. En hiver, le soleil reste bas toute la journee a Seville, ce qui donne aux facades de la Plaza de Espana une teinte orangee prolongee, bien plus longue qu’en plein ete quand le soleil au zenith aplati les couleurs en milieu de journee. J’ai pris mes plus belles photos de ce voyage en fin de matinee, vers onze heures, un creneau que j’aurais completement neglige lors d’un sejour estival, ou l’on cherche plutot l’ombre a cette heure-la.

Le parc de Maria Luisa, juste a cote de la Plaza de Espana, offre lui aussi un visage different en hiver. Les orangers qui bordent les allees portent encore leurs fruits en janvier, sans les groupes qui se pressent au printemps pour les photographier, et j’ai pu m’asseoir seule pres d’une fontaine pendant de longues minutes sans que personne ne vienne occuper le meme banc. C’est un genre de calme qu’on associe rarement a une ville aussi visitee que Seville, et pourtant l’hiver le rend possible presque partout dans le centre.

Les fetes qui rythment janvier

Arriver a Seville juste apres le nouvel an m’a permis de croiser les preparatifs de la fete des Rois, tres suivie dans toute l’Andalousie, avec des vitrines de patisseries qui se remplissent de roscones des les premiers jours de janvier. Ce n’est pas la Semaine Sainte, plus connue et beaucoup plus dense en visiteurs au printemps, mais une fete plus locale, moins mise en scene pour les touristes, qui donne un autre apercu du calendrier de la ville. C’est aussi une periode ou les prix de logement restent nettement plus abordables qu’au printemps, meme si je ne me souviens plus des chiffres exacts d’une annee sur l’autre.

Ce que je retiens pour organiser un sejour

  • Prevoir des couches legeres pour la journee et une veste plus chaude pour la soiree, l’ecart de temperature est reel.
  • Viser les visites de monuments en milieu de journee ou en fin de matinee, l’hiver est la seule saison ou la chaleur ne pousse pas a les eviter.
  • Garder une marge sur les excursions en montagne proche, comme Ronda, le brouillard hivernal peut changer le programme d’un coup.
  • Profiter de l’affluence plus faible pour flaner dans les quartiers comme Triana plutot que de courir les monuments un par un.
  • Se renseigner sur les fetes locales de janvier, souvent moins connues que la Semaine Sainte mais tout aussi vivantes.

Seville en hiver n’est pas une version diminuee de la ville d’ete, c’est une version differente, plus lente et plus marchable.

Entre les deux saisons, je choisis desormais l’hiver sans hesiter pour cette ville precise, meme si cela signifie renoncer a certaines fetes de printemps. La lumiere reste belle, les temperatures restent clementes en journee, et la ville se laisse decouvrir sans la contrainte de fuir la chaleur a chaque heure.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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