Printemps

La Toscane au printemps, coquelicots, cyprès et routes de campagne

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En Toscane, mi mai, les champs de blé pas encore mûrs se couvrent de coquelicots rouges, et c’est cette image, vue en photo par hasard, qui m’a fait choisir cette période plutôt que l’été pour découvrir la région. Je m’attendais à du joli, je n’imaginais pas à quel point la campagne toscane change de visage selon le mois où l’on s’y trouve, presque autant que les villes elles mêmes.

Val d’Orcia, avant que le vert ne jaunisse

J’ai loué une voiture à Sienne et pris la route vers le Val d’Orcia sans savoir exactement ce que j’allais y trouver. Ce que les photos d’été montrent, ces collines dorées presque désertiques, n’existe pas encore en mai. À cette période, les mêmes collines sont vert tendre, avec des rangées de cyprès qui tranchent nettement sur ce fond encore humide de la fin du printemps. Entre Pienza et Montepulciano, je me suis arrêtée au moins cinq fois sur le bas côté, simplement pour regarder un champ de blé encore vert, traversé de bandes rouges de coquelicots qui semblaient avoir poussé sans qu’on les ait plantés, ce qui est d’ailleurs exactement le cas.

Un agriculteur croisé près d’un des innombrables chemins de terre bordés de cyprès m’a expliqué, en italien mêlé de quelques mots de français, que ces coquelicots ne durent que trois à quatre semaines, généralement de fin avril à la mi mai selon les années, avant que la chaleur ne les fasse disparaître complètement. Ils ne sont ni plantés ni entretenus, ils poussent seuls dans les interstices du blé, et personne ne cherche vraiment à les éliminer, tant ils sont devenus une partie du paysage attendu à cette période.

San Quirico d’Orcia, un marché sans touristes

Le petit marché hebdomadaire de San Quirico d’Orcia, que j’ai découvert par hasard un jeudi matin, n’avait rien de spectaculaire sur le papier : quelques étals de fromages, de charcuterie, de plants de tomates encore trop jeunes pour être mis en terre ailleurs qu’en pot. Mais l’ambiance, faite presque uniquement d’habitants qui se saluaient d’un étal à l’autre, contrastait fortement avec ce que j’avais imaginé de la Toscane touristique. Une vendeuse de fromage de brebis m’a proposé de goûter un pecorino encore jeune, à peine affiné, en me disant qu’en été elle n’a plus le temps de faire goûter, tant les groupes se succèdent sans vraiment s’arrêter pour discuter.

Elle m’a dit qu’au printemps, les gens qui viennent encore ont le temps de poser des questions, en été ils veulent juste la photo et repartir.

Un orage qui a tout changé

Le troisième jour, un orage soudain a éclaté alors que je marchais entre deux fermes agrotouristiques près de Montalcino, sans aucun abri à moins de vingt minutes de marche. J’ai fini trempée, réfugiée sous l’auvent d’une cave à vin fermée, à attendre que ça passe en observant la pluie rebondir sur la terre encore poussiéreuse du chemin. Ce que je retiens de ce moment raté, c’est l’odeur, cette odeur de terre chaude qui reçoit soudain de l’eau, mêlée à celle des cyprès mouillés, une odeur que je n’ai jamais retrouvée depuis, ni en été ni ailleurs. Le plan initial, visiter trois domaines dans l’après midi, est tombé à l’eau au sens propre, mais cette pause forcée sous un auvent reste l’un des souvenirs les plus précis du séjour.

Florence, moins écrasée qu’en juillet

En quittant la campagne pour deux jours à Florence, j’ai retrouvé une ville certes fréquentée, mais où l’on pouvait encore traverser le Ponte Vecchio sans avancer au ralenti, coincée entre deux groupes. La température, autour de vingt deux degrés en journée, permettait de marcher longuement sans cette fatigue de chaleur qui, en été, pousse à se réfugier toutes les heures dans un café climatisé. Les jardins de Boboli, en particulier, m’ont semblé presque vides comparés à ce que des amis m’avaient décrit d’un passage en août, avec des massifs de fleurs encore en pleine floraison plutôt que déjà grillés par le soleil.

Les fermes agrotouristiques, hors saison de réservation

Un autre avantage du printemps, découvert presque par accident, c’est la disponibilité des fermes agrotouristiques du Val d’Orcia. Une propriétaire, rencontrée près de Castiglione d’Orcia, m’a expliqué qu’en été elle refuse des réservations dès février faute de chambres, alors qu’en mai elle pouvait encore m’accueillir avec deux jours de préavis seulement. Elle m’a aussi montré son potager, tout juste planté, encore loin des récoltes qu’elle proposerait à ses hôtes d’été, et m’a offert un peu de miel de l’année précédente en attendant que les nouvelles ruches reprennent leur activité après l’hiver.

Une route secondaire, presque par erreur

En quittant Montepulciano pour rejoindre Montalcino, j’ai raté un embranchement et me suis retrouvée sur une route de crête bordée de cyprès qui n’apparaissait sur aucune carte touristique consultée avant le départ. Le paysage, une succession de champs vert tendre séparés par des lignes de cyprès noirs, ressemblait exactement aux images que j’avais vues avant de partir, sauf qu’ici je n’avais croisé aucune autre voiture depuis dix bonnes minutes. Je me suis arrêtée sur le bas côté, sans raison précise, juste pour écouter le silence, coupé seulement par le vent dans les blés et, au loin, une cloche d’église qui sonnait sans que je sache dans quel village.

Quand partir, concrètement

Pour les coquelicots et le vert encore tendre des collines, la fenêtre se situe généralement entre la dernière semaine d’avril et la mi mai, avec un pic qui dépend fortement de la météo de l’hiver et du début de printemps. Après la mi mai, la chaleur commence à jaunir les champs et les coquelicots disparaissent progressivement. Il faut composer avec un risque d’orage plus élevé qu’en plein été, souvent en fin d’après midi, rapide mais parfois violent.

Ce que j’emporterais différemment

Je n’avais pas prévu de veste vraiment imperméable, seulement un coupe vent léger totalement inadapté à l’orage de Montalcino. Des chaussures de marche à semelle épaisse sont utiles aussi, les chemins de terre entre les fermes devenant rapidement boueux après la pluie, contrairement à l’été où ils sont simplement secs et parfois poussiéreux.

Ce qui reste de ce printemps toscan

Ce voyage m’a montré une Toscane que je ne connaissais que par des cartes postales dorées et sèches, celles de l’été. Le printemps y ajoute une couche de vert, de rouge éphémère et d’imprévu météorologique qui rend chaque colline différente d’un jour à l’autre. Je repense souvent à ce champ de coquelicots vu depuis le bas côté près de Pienza, sachant qu’il n’existera plus sous cette forme la prochaine fois que j’y retournerai, si je n’y retourne pas exactement à la même période.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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