Cet article peut contenir des liens affiliés. Si vous réservez ou achetez via ces liens, Au Fil des Saisons peut percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. En savoir plus.
Le premier soir à Saint Malo, le vent s’est mis à pousser la pluie à l’horizontale contre les fenêtres de la chambre d’hôtes, et la propriétaire m’a simplement dit que c’était une bonne tempête d’automne, rien d’inquiétant pour la saison. J’ai compris ce soir là que la Bretagne en octobre ne se visite pas contre le temps qu’il fait, elle se visite avec.
Quand partir pour voir la côte à son meilleur
Entre fin septembre et fin octobre, les grandes marées reviennent régulièrement, et les tempêtes commencent à traverser l’Atlantique avec plus de fréquence. C’est aussi la période où la lumière rase la mer presque toute la journée, parce que le soleil ne monte plus très haut, ce qui donne aux rochers roses de la côte de granit rose une teinte que je n’ai jamais retrouvée en plein été. J’ai vérifié les coefficients de marée avant chaque sortie sur l’estran, une habitude que m’a donnée un pêcheur à pied rencontré près de Cancale, qui m’a expliqué que l’automne offre certains des coefficients les plus hauts de l’année.
Ce que la saison change concrètement
Les plages de Dinard et les remparts de Saint Malo, pleins de monde en juillet, se vident presque entièrement en semaine dès la mi octobre. Les crêperies gardent leurs meilleures tables disponibles sans réservation, et les hôtels du front de mer baissent leurs tarifs de manière nette. En échange, il faut composer avec des jours qui raccourcissent vite, la nuit tombe vers dix huit heures trente fin octobre, et avec des sorties en mer qui peuvent être annulées sans préavis si le vent forcit.
J’avais réservé une sortie bateau vers les îles Chausey depuis Granville, annulée la veille pour cause de mer trop formée. Le patron du bateau m’a proposé de rappeler le lendemain matin pour voir si ça se calmait, ce qui a fini par marcher, mais avec deux heures de retard sur l’horaire initial.
Une conchylicultrice de Cancale m’a dit que l’automne était sa saison préférée pour travailler, parce que la mer basse dure plus longtemps le matin et que le froid éloigne les touristes pressés.
Le jour où la tempête a changé le programme
Je voulais marcher toute une journée sur le sentier des douaniers entre Cap Fréhel et Fort la Latte, un itinéraire que j’avais préparé avec soin, distances, points de vue, horaire de marée pour la lumière. Une alerte tempête est tombée la veille, avec des rafales annoncées à plus de quatre vingt kilomètres heure sur les caps exposés. J’ai renoncé à la portion la plus exposée et je me suis contentée d’un tronçon plus court, abrité derrière les dunes. Le vent était encore assez fort pour me faire trébucher deux fois, et les embruns arrivaient jusqu’au sentier. C’est peut être la marche la plus courte que j’ai faite en Bretagne, mais celle dont je me souviens avec le plus de précision, le goût de sel sur les lèvres, le bruit des vagues contre le cap qu’on entendait avant de le voir.
Marchés et fêtes de fin de saison
Les marchés du samedi à Cancale et à Saint Malo gardent leurs étals d’huîtres et de coquilles Saint Jacques, qui commencent tout juste leur saison en octobre. Plusieurs ports organisent en automne des fêtes autour de la pêche et des produits de la mer, avec dégustations en plein air même par temps frais, sous des tentes ouvertes au vent du large.
- Vérifier les horaires de marée avant toute sortie sur l’estran, les coefficients d’automne sont parmi les plus forts de l’année.
- Prévoir une marge de plusieurs heures pour les sorties en bateau, elles peuvent être décalées voire annulées selon le vent.
- Se renseigner sur les portions de sentier côtier exposées avant de partir par jour de vent fort.
La valise pour la côte en automne
Un vrai coupe vent imperméable compte plus que n’importe quel autre vêtement sur cette côte là, plus qu’un manteau élégant qui ne résistera pas aux embruns. J’emporte toujours des chaussures qui sèchent vite et une deuxième paire pour le soir, parce que la première finit presque toujours mouillée après une marche sur l’estran. Les gants et le bonnet ne sont pas superflus dès la fin octobre, surtout sur les caps exposés au vent du large.
Je range aussi un sac étanche pour l’appareil photo, indispensable dès que les embruns se mettent à voler au dessus des rochers, et une paire de chaussettes de rechange dans un sac à part, plus pratique qu’on ne l’imagine après une matinée passée sur l’estran à suivre une marée descendante.
D’un port à l’autre selon le vent
Une partie de mon itinéraire s’est finalement décidée sur place plutôt qu’à l’avance. Quand le vent soufflait fort sur la côte nord, autour de Saint Malo et de Cancale, je me suis repliée un jour vers l’intérieur des terres, du côté de Dinan, où les remparts et les maisons à colombages offrent un abri naturel et une ambiance tout aussi automnale, avec les platanes du jardin anglais qui perdaient déjà leurs feuilles sur les pavés. Le lendemain, le vent était retombé et j’ai pu reprendre la côte vers le cap Fréhel dans de bien meilleures conditions.
Cette façon de voyager, en gardant toujours un plan B à l’intérieur des terres pour les jours de grand vent, m’a semblé plus adaptée à la Bretagne d’automne qu’un itinéraire figé à l’avance. Les offices de tourisme locaux, à Dinard comme à Saint Malo, savent en général très bien indiquer si telle plage ou tel sentier est praticable le jour même, et j’ai pris l’habitude d’y passer en début de matinée avant de fixer le programme de la journée, plutôt que de me fier uniquement à une application météo consultée la veille au soir.
Ce que je retiens
La Bretagne en automne appartient au vent et à la marée avant d’appartenir au voyageur. Accepter de changer de plan à la dernière minute, raccourcir une marche, décaler une sortie en mer, fait partie du voyage autant que les rochers roses ou les huîtres du marché. C’est une saison qui apprend à composer, et c’est peut être pour ça que j’y reviens chaque automne.


