Automne

Vendanges en Alsace : ce que l’automne change sur la route des vins

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Je suis descendue du train à Colmar un matin d’octobre, et la première chose que j’ai remarquée, avant même les colombages, c’était l’odeur. Un mélange de moût et de feuilles mouillées qui flottait sur le quai. La route des vins d’Alsace en automne ne ressemble à aucune autre saison, et c’est justement pour ça que je reviens chaque année autour de la même période, en ajustant mes dates selon la météo de l’année.

Quand partir pour tomber sur les vendanges

Il n’y a pas de date fixe. Les vendanges en Alsace commencent en général entre la mi septembre et la mi octobre, selon les cépages et selon l’été qu’il a fait. Le riesling se ramasse souvent parmi les derniers, le pinot noir plus tôt. J’ai appris ça la première fois en discutant avec mon hôte, une chambre d’hôtes au dessus de Riquewihr, qui m’a expliqué que le calendrier avait été décalé de dix jours cette année là à cause d’une pluie tardive en septembre. Elle vérifiait le taux de sucre du raisin presque tous les matins avant de décider si l’équipe partait dans les rangs.

Si vous voulez voir les vendangeurs au travail plutôt que des rangs déjà taillés, mieux vaut viser la première quinzaine d’octobre et rester flexible sur trois ou quatre jours. Un appel à une chambre d’hôtes locale la veille du départ suffit souvent à savoir où ça se passe cette semaine là.

Ce que la lumière et le rythme changent sur place

En été, la route des vins est pleine de cars et de terrasses bondées à Riquewihr et Eguisheim. En octobre, les groupes ont disparu, les hôtels ont rouvert leurs meilleures chambres à des tarifs plus doux, et la lumière tombe bas sur les vignes vers seize heures trente, dorant les feuilles qui commencent déjà à jaunir. C’est une lumière que je n’ai vue nulle part ailleurs, ni au printemps ni en été.

Le revers, c’est que certains villages ferment leurs musées plus tôt et que quelques restaurants prennent leur jour de relâche hebdomadaire plus au sérieux hors saison. J’ai appris à vérifier les horaires deux fois, une fois en réservant et une fois la veille.

Un vigneron de Turckheim m’a dit un jour que l’automne, c’était la seule saison où le paysage et le travail des gens racontaient exactement la même histoire au même moment.

Le jour où mon plan a raté, et pourquoi j’en garde un bon souvenir

J’avais prévu de visiter trois villages en une journée, Ribeauvillé le matin, Riquewihr à midi, Eguisheim en fin d’après midi. Le brouillard s’est installé vers dix heures et n’a pas bougé de la journée. Les routes de crête étaient lentes, la visibilité mauvaise, et j’ai fini par rester tout l’après midi à Ribeauvillé au lieu de courir entre les trois. J’ai fini par m’asseoir dans un café face à la place, et le patron m’a raconté comment sa famille pressait le raisin depuis trois générations dans la cave juste derrière. Je n’ai vu qu’un seul village ce jour là, mais je m’en souviens mieux que de n’importe quelle journée où j’avais coché plusieurs cases.

Marchés et fêtes de vendanges

Plusieurs villages organisent des fêtes autour des vendanges en octobre, avec dégustations dans les rues et parfois un défilé de chars décorés de pampres. Les marchés hebdomadaires, comme celui de Colmar le jeudi ou celui de Turckheim, gardent leurs étals de légumes d’automne, courges, châtaignes, et les premiers fromages de saison. C’est un bon moment pour goûter le vin nouveau, encore trouble, que certains producteurs proposent directement à la cave.

  • Prévoir des chaussures fermées, les chemins entre les rangs sont souvent boueux après la pluie.
  • Réserver les chambres d’hôtes à l’avance pour les week ends de fête des vendanges, elles se remplissent vite malgré la baisse de fréquentation générale.
  • Se renseigner sur les jours de marché avant de fixer l’itinéraire, ça structure bien une semaine sur la route des vins.

La valise pour cette saison là

Les matinées sont fraîches et brumeuses, les après midi peuvent être douces au soleil puis retomber d’un coup dès que le soleil passe derrière une colline. Je pars toujours avec plusieurs couches fines plutôt qu’un seul gros pull, une veste imperméable légère, et des chaussures qui supportent la boue autant que le pavé des villages. Un foulard ou une écharpe change tout au moment où le soir tombe vite, souvent avant dix huit heures à cette période.

Où loger pour suivre le rythme des vendanges

Je préfère loger directement chez un vigneron ou dans une chambre d’hôtes tenue par une famille encore liée à une exploitation, plutôt que dans un grand hôtel du centre de Colmar. C’est souvent le meilleur moyen de savoir, jour après jour, où en est la récolte dans les rangs voisins. À Riquewihr comme à Ammerschwihr, plusieurs maisons proposent des chambres au dessus du chai, et il n’est pas rare que le petit déjeuner s’accompagne d’une remarque sur la pluie de la nuit et son effet sur le taux de sucre du raisin. Ce genre de détail change la façon dont on regarde le paysage le reste de la journée.

Je note aussi que les villages les plus connus, Riquewihr en tête, restent animés même hors saison, alors que des bourgs un peu plus discrets comme Hunawihr ou Katzenthal offrent le même paysage de vignes sans la moindre file d’attente devant les boulangeries. J’ai fini par répartir mes nuits entre un village très fréquenté et un village plus tranquille, pour avoir les deux ambiances dans la même semaine.

Ce que je retiens

La route des vins d’Alsace en automne demande d’accepter de ne pas tout planifier au jour près. Le raisin, la pluie et le brouillard décident souvent à la place du voyageur, et c’est justement ce qui rend la saison intéressante. Je repars chaque année avec moins de villages cochés que prévu, et plus d’images précises en tête, la buée sur les vitres d’un pressoir, le bruit des seaux qu’on vide, la lumière basse sur les feuilles rousses.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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