Automne

L’Ombrie en automne : vendanges, brume et villages perchés

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La brume s’était installée dans la vallée sous Montefalco quand je suis sortie sur la terrasse de la maison d’hôtes, un matin d’octobre, et les collines de vignes n’étaient plus que des formes floues au dessus d’une mer blanche. Le propriétaire, un homme qui produisait son propre sagrantino depuis vingt ans, m’a dit que cette brume matinale était exactement ce qui donnait au raisin sa concentration en fin de saison. C’est ce genre de détail qui m’a fait comprendre pourquoi l’Ombrie en automne se vit si différemment du reste de l’année.

Quand partir pour les vendanges ombriennes

La récolte du sagrantino, le cépage phare de la région autour de Montefalco, a lieu en général fin septembre ou début octobre, plus tard que beaucoup de cépages italiens parce qu’il a besoin d’une maturité poussée. Les vendanges de sangiovese, plus répandu autour de Torgiano, se font souvent un peu plus tôt. J’ai calé mon séjour sur un appel passé une semaine avant le départ à la maison d’hôtes, qui m’a confirmé que la récolte du sagrantino venait tout juste de commencer cette année là.

Ce que la saison change dans les villages perchés

En été, Assise et Spello sont pleines de cars et de groupes qui suivent un guide au pas de course. En octobre, les ruelles pavées retrouvent un rythme plus lent, les commerçants ont le temps de discuter, et les restaurants proposent les premiers plats de saison, truffe blanche fraîchement râpée, champignons porcini, courges rôties. La lumière change aussi, plus dorée en fin d’après midi, elle donne aux façades de pierre rose de Spello une teinte particulière que les photos d’été ne rendent jamais aussi bien.

Le revers, c’est que certains sites, comme des jardins ou des points de vue en hauteur, réduisent leurs horaires d’ouverture après la mi octobre, et que la brume matinale peut retarder l’ouverture des routes de crête les jours les plus frais.

Une vigneronne de Bevagna m’a dit que l’Ombrie en automne se goûte autant qu’elle se regarde, parce que chaque plat du moment raconte ce qui se passe dans les vignes et les bois cette semaine là.

Le jour où la brume a réécrit mon plan

J’avais prévu de monter tôt jusqu’au belvédère au dessus d’Assise pour photographier la vallée du Tibre au lever du soleil. La brume était si dense ce matin là que je ne distinguais même pas la basilique en contrebas, à peine quelques centaines de mètres plus bas. Déçue, j’ai fini par redescendre vers le centre et je suis tombée sur un petit café qui venait d’ouvrir, où le patron préparait des paninis pour les commerçants du marché voisin. On a parlé pendant presque une heure de sa famille, arrivée à Assise trois générations plus tôt, pendant que la brume se levait doucement dehors. Quand je suis ressortie, la vallée était enfin visible, mais ce n’est pas la photo du belvédère que je garde en tête, c’est cette heure passée au comptoir.

Marchés et fêtes de saison

Les marchés de Bevagna et de Montefalco en octobre proposent des étals entiers de champignons porcini, de châtaignes et de raisin encore couvert de sa pruine. Plusieurs villages organisent des fêtes autour des vendanges et de l’huile nouvelle, avec dégustations directement chez les producteurs, une occasion de goûter un vin encore jeune que beaucoup de caves ne vendent jamais en bouteille.

  • Appeler les producteurs avant de venir pour savoir si la récolte a commencé, les dates varient nettement d’une année à l’autre.
  • Vérifier les horaires réduits des sites et jardins après la mi octobre avant de construire un itinéraire serré.
  • Prévoir une marge le matin si la brume est annoncée, elle retarde souvent les meilleurs points de vue de deux à trois heures.

La valise pour l’Ombrie en automne

Les matinées peuvent être franchement fraîches, presque froides dans la brume, alors que l’après midi se réchauffe nettement au soleil. Je pars avec des couches superposables plutôt qu’un seul gros manteau, et des chaussures confortables pour les pavés irréguliers des villages perchés, souvent glissants tôt le matin à cause de l’humidité. Un carnet où noter les noms des producteurs croisés en chemin s’avère toujours plus utile qu’on ne le pense.

J’ajoute toujours une petite laine facile à retirer en milieu de journée, parce que l’écart entre la fraîcheur brumeuse du matin et la chaleur encore réelle de l’après midi peut dépasser dix degrés sur une même journée d’octobre, surtout dans les vallées basses autour de Montefalco où la brume met du temps à se dissiper complètement.

Spello, Bevagna et les villages moins connus

Au delà d’Assise, qui reste le village le plus visité même en automne, j’ai passé du temps à Spello, où les ruelles fleuries de l’été laissent place en octobre à des façades nues d’un rose plus mat, presque plus intéressant à photographier. Bevagna, plus petit, garde une place centrale pavée où le marché du samedi matin installe ses étals sans jamais devenir bondé, même pendant les fêtes de vendanges. Torgiano, un peu plus au sud, vaut le détour pour son musée du vin installé dans un ancien palais, une bonne option les jours où la pluie s’installe pour de bon et où les vignes ne sont plus praticables.

J’ai aussi remarqué que les restaurants familiaux de ces villages changent leur carte presque chaque semaine en automne, suivant ce que les producteurs locaux apportent, ce qui rend deux visites à quinze jours d’intervalle presque incomparables sur le plan des assiettes. Un patron de trattoria à Bevagna m’a expliqué qu’il composait son menu du jour selon ce qu’un voisin agriculteur déposait le matin même, sans liste fixe, ce qui explique pourquoi deux passages dans la même adresse peuvent donner deux repas complètement différents à quelques semaines d’écart.

Ce que je retiens

L’Ombrie en automne se laisse découvrir au rythme de la brume et des vendanges, pas au rythme d’un itinéraire fixé à l’avance. Les matins flous qui retardent les plans finissent souvent par offrir autre chose, une conversation, un vin encore jeune, une ruelle vide qu’on n’aurait pas prise le temps de remarquer en été.

La lettre de saison

Une lettre au changement de saison

Quatre fois par an, je résume ce qui vaut le détour dans les trois mois qui viennent : où partir, quelle semaine viser, quoi emporter.

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