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Je me souviens d’un mois de juillet où j’avais dû interrompre une visite de l’Alcazar de Séville en milieu d’après midi, incapable de continuer à marcher tant la chaleur écrasait tout, thermomètre affichant quarante trois degrés selon l’écran d’une pharmacie du centre ville. Depuis ce voyage, j’ai changé de calendrier pour l’Andalousie, et je ne suis jamais revenue sur cette décision.
La chaleur de juillet, un obstacle plus qu’un charme
L’été andalou a une réputation de carte postale, patios fleuris, siestes à l’ombre, sangria fraîche. La réalité, quand on veut vraiment visiter les villes plutôt que rester allongée au bord d’une piscine, est plus rude. Entre treize heures et dix huit heures en juillet et août, marcher dans les rues de Cordoue ou de Séville devient difficile, presque risqué pour qui n’y est pas habitué. J’ai vu des touristes visiblement mal en point s’asseoir sur les marches de la Mezquita, cherchant l’ombre plus que la contemplation architecturale.
En octobre, les températures redescendent à des niveaux beaucoup plus praticables, généralement entre vingt cinq et vingt neuf degrés en journée, avec des soirées agréables autour de dix huit ou vingt degrés. On peut à nouveau marcher toute la journée, s’arrêter sur une terrasse en plein soleil sans chercher désespérément un parasol, et prévoir des visites en extérieur sans craindre le coup de chaleur.
Grenade et l’Alhambra, une visite qu’on peut enfin savourer
À l’Alhambra, j’avais réservé mon créneau pour une visite en fin de matinée, un choix qui en juillet aurait été presque impossible tant la chaleur monte vite dans les jardins du Generalife. En octobre, j’ai pu prendre mon temps dans les patios des palais nasrides, m’attarder devant les jeux d’eau du patio des Lions sans avoir l’impression de gêner la file de visiteurs derrière moi. La lumière d’automne, plus douce, fait ressortir les détails des stucs sculptés d’une manière que je n’avais pas remarquée lors d’un précédent passage estival, où le soleil trop vif aplatissait les reliefs.
J’ai aussi profité d’un Grenade moins saturé de groupes organisés. Le quartier de l’Albaicin, avec ses ruelles en pente, se laisse explorer sans la cohue des mois d’été, et j’ai pu m’installer au mirador San Nicolas au coucher du soleil en trouvant encore une place assise, ce qui, en août, tient souvent de la chance.
Un contretemps à Ronda qui a failli gâcher la journée
Tout ne se déroule pas sans accroc en octobre non plus. À Ronda, j’avais prévu de descendre dans le canyon du Tajo pour photographier le pont neuf depuis le bas, et une pluie soudaine, rare mais pas impossible à cette période, a rendu le sentier glissant et dangereux. J’ai renoncé, frustrée, et je me suis repliée sur les jardins de Cuenca, surplombant les gorges depuis le haut. Finalement, la vue depuis ces jardins, avec la brume qui montait doucement du canyon après la pluie, m’a offert une image que je n’aurais probablement pas eue par un ciel totalement dégagé.
Ce genre d’imprévu me rappelle qu’octobre n’est pas une garantie de ciel bleu permanent, contrairement à juillet où la sécheresse est presque assurée. Il faut composer avec quelques averses possibles, surtout en fin de mois, mais l’échange me semble largement favorable au vu du confort gagné sur la chaleur.
Les patios de Cordoue, une saison qui change le rythme des visites
À Cordoue, la ville que je préfère peut être dans toute l’Andalousie, j’ai remarqué que les habitants du quartier de la Juderia reprenaient un rythme de vie plus ouvert en octobre. Les portes des patios privés, fermées en été pour préserver la fraîcheur intérieure, restent parfois entrouvertes plus tard dans la journée, et j’ai pu échanger quelques mots avec une habitante qui arrosait ses géraniums en fin d’après midi, alors qu’en plein été cette activité se limite au petit matin avant la chaleur.
La Mezquita elle même se visite dans de meilleures conditions, avec une file d’attente réduite le matin et une atmosphère intérieure moins étouffante, ce qui permet de s’attarder sous les arches rouges et blanches sans presser le pas vers la sortie.
Séville en soirée, quand la ville sort enfin dehors
À Séville, j’ai remarqué que la vie nocturne changeait de nature entre juillet et octobre. En plein été, les habitants attendent souvent la tombée de la nuit, parfois après vingt trois heures, pour sortir marcher ou dîner en terrasse, tant la chaleur reste étouffante même après le coucher du soleil. En octobre, j’ai pu dîner dès vingt heures trente dans une taverne du quartier de Triana, en terrasse, sans que la chaleur ne rende l’expérience pénible, entourée de familles entières venues profiter d’une soirée redevenue agréable dès la fin d’après midi.
J’ai aussi assisté, presque par hasard, à une répétition de flamenco dans une petite salle associative près de la Plaza de España, où un groupe de jeunes danseurs travaillait ses pas sous l’œil d’un professeur exigeant. Ce genre de moment informel, loin des spectacles calibrés pour les touristes, se laisse plus facilement découvrir quand on n’est pas soi même épuisée par la chaleur de la journée et qu’on garde l’énergie de sortir explorer les quartiers en soirée.
Le vin et l’huile nouvelle, un calendrier qui colle à octobre
Ce voyage m’a aussi permis de tomber, sans l’avoir vraiment planifié, sur la période des premières récoltes d’olives dans certaines zones proches de Cordoue. Un producteur croisé sur un petit marché m’a expliqué que la cueillette débutait justement à cette période de l’année dans sa région, avec une huile nouvelle qui n’est disponible qu’après le pressage des premières olives, un produit que je n’aurais simplement pas trouvé lors d’un passage estival.
J’ai goûté cette huile fraîche, plus verte et plus piquante en bouche que celle vendue en grande distribution, accompagnée de pain grillé et de tomate râpée, dans une petite épicerie qui proposait des dégustations informelles à ses clients. Ce genre de découverte alimentaire, liée directement au calendrier agricole plutôt qu’à une offre touristique standardisée, fait partie des raisons qui me poussent à privilégier ces mois de bascule plutôt que le cœur de l’été.
Ce que je retiens de ce choix de calendrier
Voyager en Andalousie en octobre plutôt qu’en juillet, c’est accepter de perdre un peu de la garantie de ciel bleu absolu, en échange d’une chaleur enfin supportable, de villes qui respirent, de sites qu’on peut visiter sans compter les minutes avant le prochain coup de chaud. Depuis ce changement de calendrier, je n’ai jamais eu envie de revenir à un séjour de juillet, et je recommande systématiquement cette fenêtre d’automne à qui me demande conseil pour découvrir la région dans de bonnes conditions.


