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J’ai réservé la maison d’hôtes près de Concarneau un mardi soir, sans vraiment y réfléchir, en me disant que fin septembre serait un bon compromis entre le monde de juillet et le froid de novembre. Je n’avais pas encore mesuré à quel point ce choix allait devenir le sujet principal de mon séjour.
Un ciel qui change d’avis toutes les trois heures
La Bretagne en entre saisons, c’est d’abord une question de rapport à la météo. Je consulte les prévisions marines presque par réflexe, plus que je ne le ferais à Paris, parce qu’ici le vent décide vraiment du programme. Le premier matin, j’étais installée à la terrasse d’un café du port de Concarneau sous un ciel gris uniforme, persuadée que la journée serait fichue. Deux heures plus tard, le soleil est sorti sans prévenir et la ville close s’est mise à briller comme si elle avait attendu ce moment précis.
C’est ce que j’aime dans ce créneau de fin septembre : la lumière est plus basse, plus dorée, elle traverse les rues pavées avec un angle que l’été ne connaît pas. Les couleurs des maisons de pêcheurs, bleu, blanc cassé, ocre, prennent une intensité différente quand le soleil rase les toits d’ardoise plutôt que de tomber à la verticale.
Quimper sans la queue devant la cathédrale
À Quimper, j’ai pu entrer dans la cathédrale Saint Corentin sans attendre, alors qu’en août la file débordait sur le parvis les années précédentes, à en croire la dame de l’office de tourisme. Les ruelles autour, avec leurs maisons à colombages, se visitent à un rythme humain. J’ai pris le temps de m’arrêter devant les vitrines de faïence sans jouer des coudes, de m’asseoir sur un banc au bord de l’Odet pour regarder passer deux kayakistes en combinaison, seuls sur l’eau.
Le marché du samedi matin, place au Beurre, avait gardé son animation habituelle, mais avec des visages plus locaux que touristiques. J’ai acheté du kouign amann encore tiède à une productrice qui m’a expliqué, sans que je demande rien, que la saison des touristes venait de se terminer et qu’elle allait enfin pouvoir vendre au rythme du quartier plutôt qu’à celui des cars.
Le prix à payer : des plans qui changent
Je ne veux pas enjoliver l’expérience. Le deuxième jour, j’avais prévu une randonnée sur le sentier des douaniers entre Cap Coz et Beg Meil, et le vent s’est levé si fort que j’ai dû rebrousser chemin après quarante minutes, incapable de garder mon chapeau et à moitié aveuglée par les embruns. J’ai refait le trajet en voiture, dépitée, avant de me raviser et de m’arrêter simplement pour observer les vagues depuis un parking, ce qui, finalement, valait presque autant que la marche prévue.
C’est le compromis de l’entre saisons en Bretagne : on accepte de perdre parfois une demi journée à cause du vent ou de la pluie, en échange de villes vidées de leur foule et d’une lumière que je trouve plus honnête, plus vraie que celle de juillet. La température de la mer reste correcte après un été de chauffe, autour de 17 ou 18 degrés selon les jours, ce qui m’a permis une baignade rapide et vivifiante à Bénodet un après midi où le soleil avait décidé de coopérer.
Où dormir et comment s’organiser
J’avais choisi une maison d’hôtes tenue par un couple de retraités reconvertis dans l’accueil, avec vue sur l’estuaire. Fin septembre, la plupart des hébergements pratiquent encore des tarifs proches de l’été, mais la disponibilité est nettement meilleure et je n’ai eu aucun mal à réserver une table dans les crêperies du soir, contrairement à ce que m’avait raconté une amie venue en plein mois d’août.
Pour organiser un séjour dans ce créneau, je recommande de prévoir une marge dans le programme. Ne pas caler une seule sortie en mer ou une seule randonnée sur un jour précis, mais garder deux options possibles selon la météo du matin. J’ai appris à vérifier les bulletins la veille au soir et à me réveiller tôt pour ajuster, plutôt que de m’accrocher à un plan fixé trois semaines à l’avance.
J’ai aussi noté que les fêtes de fin d’été, comme certaines fêtes maritimes ou marchés de produits de la mer, se terminent généralement avant la mi septembre, donc il faut vérifier les calendriers locaux si l’on cherche ce genre d’animation plutôt qu’un séjour plus calme.
Les criques désertées du Cap Coz au Pouldu
Un autre matin, j’ai poussé jusqu’au Pouldu, plus au sud, sur les traces d’une plage que des amis m’avaient décrite comme prise d’assaut chaque été. En cette fin septembre, je n’ai croisé qu’un couple de promeneurs avec leur chien et un pêcheur à pied en train de récolter des coques dans le sable humide. Le sentier côtier, souvent saturé en août au point qu’on doit parfois se ranger pour laisser passer d’autres marcheurs, se parcourait ici dans un silence coupé seulement par le ressac et les cris de quelques goélands.
Je me suis assise sur un rocher plat, un thermos de café à la main, pour regarder la marée descendre lentement sur près d’une heure. C’est un luxe que je n’aurais pas pris le temps de m’offrir en pleine saison, pressée par le sentiment qu’il fallait rentabiliser chaque heure de beau temps avant que la plage ne se remplisse. En entre saisons, le temps semble s’étirer différemment, on n’a plus cette urgence de profiter avant que tout ne se referme.
Les huîtres du bassin sans réservation
Le soir, j’ai testé une cabane ostréicole près de Riec sur Belon, où l’on m’avait prévenue qu’il fallait réserver des semaines à l’avance en juillet. Fin septembre, je me suis présentée sans réservation vers dix neuf heures et j’ai trouvé une table libre sur la terrasse en bois donnant sur l’estuaire. Le producteur, entre deux services, a pris le temps de m’expliquer la différence entre les huîtres plates et les creuses de son élevage, un échange que je doute avoir obtenu un soir d’août où le service tourne à flux tendu.
Cette conversation m’a aussi appris que la saison des huîtres commence justement à s’intensifier à cette période de l’année, ce qui donne une raison supplémentaire de privilégier l’automne pour ce genre de dégustation, plutôt que l’été où le produit est présent mais moins mis en avant par les producteurs eux mêmes.
Ce que je retiens
Ce voyage m’a confirmé une intuition que j’avais depuis plusieurs saisons : les dernières semaines de septembre offrent en Bretagne un équilibre que ni juillet ni novembre ne proposent. Le monde a suffisamment reflué pour qu’on retrouve les villes portuaires dans leur rythme quotidien, la lumière garde une douceur estivale par intermittence, et la mer reste praticable pour qui n’a pas peur d’un peu de fraîcheur. Le vent, lui, reste le patron. J’ai fini par accepter qu’on ne discute pas avec le vent breton, on compose avec lui, et c’est peut être ce qui rend ces voyages d’entre saisons plus mémorables que ceux où tout se déroule sans accroc.


