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J’ai garé la voiture sur le parking du lac de Gérardmer un peu avant neuf heures, un matin de fin octobre, et l’air sentait déjà le bois brûlé et les feuilles mouillées. C’est cette odeur, plus que n’importe quelle image, qui marque pour moi le vrai début de la bascule saisonnière dans les Vosges.
Un marché qui change de nature en trois semaines
Le marché de Gérardmer, que je connaissais surtout pour ses étals d’été avec fruits rouges et fromages frais, se transforme complètement autour de la Toussaint. J’ai trouvé des étals couverts de courges de toutes formes, des bocaux de confitures d’automne, des châtaignes encore dans leur bogue, et surtout des producteurs qui vendaient déjà leurs premiers munsters affinés pour l’hiver. Une productrice m’a expliqué que cette période marquait, pour elle, un vrai changement de rythme : moins de touristes de passage, plus de clients locaux qui viennent faire leurs réserves avant le froid.
J’ai acheté un pot de gelée de sapin, un produit typiquement vosgien que je ne connaissais pas, en discutant avec le vendeur qui m’a raconté la récolte des bourgeons au printemps précédent. C’est ce genre d’échange, précis et concret, que je recherche dans ces marchés de saison, plus que la simple photo souvenir.
La forêt qui vire au roux, entre deux averses
La forêt vosgienne fin octobre est spectaculaire, mais elle est aussi imprévisible. J’ai marché autour du lac de Longemer sous un ciel qui alternait éclaircies franches et averses courtes, parfois à quinze minutes d’intervalle. Les hêtres et les mélèzes prenaient des teintes allant du jaune pâle au roux profond, et la lumière rasante de fin octobre, quand elle perçait entre deux nuages, donnait à la forêt une intensité de couleur que je n’ai jamais vue en plein été.
J’ai dû interrompre une randonnée prévue vers le Hohneck à cause d’un brouillard épais qui est descendu en une demi heure, réduisant la visibilité à quelques mètres. Plutôt que de continuer à l’aveugle, j’ai rebroussé chemin, un peu frustrée, mais le lendemain, le sommet était dégagé et j’ai pu profiter d’une vue sur la plaine d’Alsace que le guide de l’office de tourisme m’avait décrite comme rare à cette période.
Le marché de Noël d’Épinal, une avant première tranquille
À Épinal, j’ai découvert que certains chalets du marché de Noël ouvraient dès la fin novembre, dans une version encore modeste, sans la foule du mois de décembre. J’ai pu discuter longuement avec un artisan qui sculptait des figurines en bois, sans avoir à attendre derrière d’autres visiteurs. Il m’a expliqué que cette période de lancement lui permettait de tester ses nouvelles pièces avant l’afflux des semaines suivantes.
Cette avant première du marché de Noël, couplée aux dernières couleurs d’automne encore visibles dans les jardins de la ville, crée une atmosphère particulière que je recommande à quiconque veut éviter la cohue de décembre tout en profitant déjà de l’ambiance festive naissante.
S’habiller pour une saison qui hésite
Ce que j’ai le plus mal anticipé, c’est l’écart de température entre le matin et l’après midi. J’ai commencé une journée avec un thermomètre affichant deux degrés au lever du jour, brumeux et humide, pour finir l’après midi à quatorze degrés sous un beau soleil, avant que la nuit ne ramène un froid sec. J’ai fini par voyager avec plusieurs couches, une polaire, une veste imperméable coupe vent, et des chaussures qui tiennent aussi bien sur des sentiers boueux que sur le pavé mouillé des rues d’Épinal.
Les jours raccourcissent vite à cette période, et j’ai dû revoir mes horaires de randonnée pour être redescendue avant la tombée du jour, qui arrive autour de dix sept heures trente fin octobre dans cette région. C’est un détail que je ne prenais pas en compte l’été, quand la lumière s’étire jusqu’à vingt et une heures.
Une soupe de courge dans une ferme auberge du Valtin
Un midi, j’ai poussé jusqu’à une ferme auberge nichée près du Valtin, un petit village que je n’avais jamais visité auparavant. La salle, tapissée de bois sombre et chauffée par un vrai poêle à bois, sentait la soupe de courge et les tartes aux myrtilles. La fermière, qui tenait le service quasiment seule ce jour là, m’a expliqué que la période autour de la Toussaint marquait pour elle le début de la vraie saison d’automne, celle où les randonneurs cèdent la place à une clientèle plus locale venue chercher un repas roboratif avant les premiers frimas.
J’ai commandé une potée vosgienne, plat que je ne me serais jamais risquée à manger en plein été, et je suis repartie avec une chaleur au ventre qui a rendu la reprise de la marche, sous un ciel qui recommençait à se couvrir, beaucoup plus supportable. C’est ce genre de repas de saison, pensé pour le froid qui arrive plutôt que pour la carte touristique standard, qui donne à ces voyages d’automne une saveur particulière.
La cueillette des dernières myrtilles et champignons
En discutant avec des habitants croisés sur les sentiers autour de Gérardmer, j’ai appris que la fin octobre correspondait encore, certaines années, à une période de cueillette tardive de champignons, cèpes et girolles selon l’humidité des semaines précédentes. Un couple muni de paniers m’a montré, sans se méfier, quelques cèpes trouvés au pied d’un vieux sapin, en m’expliquant les repères qu’ils utilisaient pour distinguer les zones les plus productives de la forêt vosgienne.
Je n’ai pas cueilli moi même, faute de connaissances suffisantes pour distinguer les espèces comestibles avec certitude, mais j’ai apprécié ce rappel que la forêt, à cette période, reste un lieu de ressources vivantes pour les habitants, pas seulement un décor de randonnée. Cela a changé ma manière de regarder les sous bois lors des jours suivants, plus attentive aux détails du sol qu’à la simple ligne d’horizon des crêtes.
Pourquoi ce créneau reste mon préféré
Ce séjour autour de la Toussaint m’a montré ce que j’aime dans les marchés et fêtes de bascule saisonnière : on assiste à un vrai basculement, pas à une simple continuation de l’été qui s’étire. Les produits changent, les conversations avec les producteurs changent, la forêt change de couleur presque de semaine en semaine. Il faut accepter l’incertitude météo et les jours plus courts, mais en échange, on trouve des marchés vivants sans être bondés, et une nature qui offre, en quelques heures, plusieurs visages différents.


